Apprenti Maçon - 1er Grade

Apprenti Maçon - 1er Grade

Fais silence et écoute......

Fais silence… Ecoute Israël

 

 

  1. Le silence de l’Aleph :

 

Fais silence… Cette expression est lourde de sens et d’interprétations. Je commencerai mon travail en remontant à la lettre symbole du silence ;celle qui a été créée avant tout, avant même la Torah comme le disent les Sages.

 

Le Aleph est la première lettre de notre alphabet. Une lettre qui ne se prononce pas, ou pouvons-nous dire une lettre sans son. Ainsi son existence provient uniquement de son silence. Cependant, associée à un o, é, a, ou i, elle permettra des sonorités différentes.

Notre alphabet commence donc par une lettre muette qui s’associant aux autres forme des mots et nous permet ainsi de nous exprimer.

 

D’où provient le silence de l’Aleph ?

Le silence de l’Aleph est celui qui provient du nom Elokim, ce mot commençant également avec cette même lettre ; cet Aleph est origine de tous les alephs de la Torah.

Qu’est-ce que cela engendre alors pour nous juifs ? Nous qui cherchons en tant qu’enfants d’Abraham à intégrer la spiritualité et le mystère divin dans notre vie quotidienne ? Un juif authentique, je dirai même un Homme authentique ne peut faire abstraction de la spiritualité dans sa vie quotidienne. Il se doit quels que soient ces actes mêmes les plus anodins de rechercher cette essence divine. Il est de son devoir de reconnaître qu’au travers de tout acte dans sa journée une étincelle divine existe et est là.

 

Prenons l’exemple simple de manger. En hébreu, manger se dit « a ‘hal ». Ce mot commence par le Aleph. Associé à l’acte physique de se nourrir, le Aleph en début de mot lui donne toute sa spiritualité et son côté divin.

La nourriture que nous avons chaque jour est le résultat d’un travail, du courage insufflé par le Créateur pour pouvoir l’obtenir. Le Aleph permet de prendre conscience que cette nourriture n’est pas seulement matérielle mais spirituelle.

Ainsi quel que soit le met que nous avons devant nous, qu’il nous plaise ou non, il nous faut remercier le Créateur de l’avoir. Et l’on se gardera bien comme nous l’avons déjà entendu de dire « que D. nous préserve de telle ou telle nourriture ». Que nous l’aimions ou pas, et je vous l’accorde quand nous aimons, c’est facile, c’est lorsque nous n’aimons pas que cela devient plus dur et pourtant, il est de notre devoir de le manger conscient du travail que cela a représenté pour l’autre et de ce don que nous a fait le Créateur.

 

Le Aleph est la traduction divine à chaque moment de la journée de nos actes. C’est le souffle divin. Il permet d’élever un acte matériel ou physique à un degré de spiritualité si nous prenons le temps d’en prendre conscience.

 

Dans ce monde de pluralité où nous vivons, la valeur numérique de l’aleph est 1. Nous juifs savons que toute cette diversité peut se ramener à une seule cause, l’UN et l’Unique, c'est-à-dire Echad.   Et c’est cela le Aleph d’Echad et d’Elokim. C’est l’unicité dans l’unité.


Alors se crée pour nous Homme Adam un sacré challenge. Nous comprenons qu’en tant qu’Adam nous commençons par un Aleph et de ce fait une étincelle divine nous anime. Nous comprenons aussi que dans chacun de nos actes même les plus anodins ou les plus matériels, nous sommes à la recherche de cette part de divinité propre à notre Créateur. Quelle est l’expression quotidienne que nous utilisons le plus souvent ? Le « je ». Je fais, je mange, je travaille, je suis, j’aime…..

  1. Ani et Anochi

 

En hébreu, le « je » peut se dire Ani ou Anochi. Les deux mots commencent par le Aleph. Mais pourquoi deux mots pour exprimer le « je » ?

 

Anochi est le « je » déjà réalisé, le produit extérieur. Produit extérieur conditionné par nos valeurs sociales, familiales, culturelles. Un peu comme un soi préfabriqué, nous parlons de nous, de notre vécu sans recul. Nous devrions dire nous nous racontons. Rabi N Ahman de Braslav, je cite, « l’Homme doit se retirer de soi pour pouvoir accéder à lui-même et aux autres ».

 

Ainsi l’Homme doit se retirer de ce Ani et donc se replier sur lui-même, de faire un vide positif afin de permettre au « je » figé Anochi de s’effacer et laisser la place au « je » en réalisation qu’est le Ani. Ce vide dont je parle n’est pas un vide négatif mais une rétraction vers le néant éternel ou absence de tout. Nous devons redevenir Ayin pour faire place au silence et au calme permettant le développement du Ani.

Ainsi lors de l’initiation, nous avons attendu en silence dans la chambre de réflexion et comme je vous l’ai dit lorsque je vous ai lu mes impressions « le vide du monde extérieur s’est fait en moi ». Aujourd’hui, je pense que ce vide pourrait être assimilé à ce néant éternel dont je vous parle. Ce vide m’a permis de vivre cette initiation « décarapacée » d’une partie de mon Anochi.

 

Ainsi la réalisation du nouveau « je » Ani n’est permise que par le silence. Ce silence nous permet de nous détacher de toute étiquette et de tout code, de nous détacher de notre Anochi état stationnaire et matériel.

 

Pourquoi pouvons-nous en Loge travailler au mieux dans l’intérêt de celle-ci et non pas par fatuité ?

Chaque entrée en Loge se fait en silence. Nous prenons conscience, qu’en entrant dans le Temple, nous sommes des Anis libres et égaux lié par un amour fraternel quelque soit nos Anochis.

Nous travaillons en parfaite harmonie éclairés de la Menorah et Livre Saint loin du tumulte de la vie moderne.

 

 

  1. Silence au milieu de notre Torah

 

Torah, elle-même, qui dans son milieu a un silence. Je m’explique : les anciens scribes ont compté les lettres et les mots de la Torah. L’exact milieu de la Torah n’est pas un mot mais un espace entre deux mots. Il est l'espace qui
vient entre le dernier mot de la première moitié de la Torah et le premier mot de la deuxième la moitié de la Torah.

 

Ces deux mots sont « darosh darash », chacun formé des mêmes lettres de la racine signifiant « rechercher, ou faire des recherches." Plus intéressant encore, il s’agit de la Parashat Shemini. CetteParashat où Moïse recherche la chèvre de l'offrande pour le péché et se met en colère contre Aaron, car lui et son fils survivant n'ont pas mangé l’offrande comme ils étaient censés le faire dans le cadre de leur rite d'expiation pour le compte d'Israël. Aaron et son fils n’ont pas mangé parce qu'ils étaient en deuil des deux autres fils d'Aaron, Nadav et Avihu. Aaron reste calme et ne donne aucune réponse aux questions de Moïse. La Torah dit « vayidom Aharon », et « Aaron garda le silence. »

C’est ce silence qui résonne au milieu de la Torah, c’est celui du Créateur au travers Aaron. Ainsi dans ce silence profond, Moïse trouve une compréhension dans son propre cœur à ce qu’il avait vu au départ comme une faute grave et pratiquement inacceptable. La midrash nous enseigne que parla suite Moïsea dit : « j'ai commis une erreur en ce qui concerne la loi, et Aaron, mon frère est venu et m'a enseigné ».

 

En effet, dans l'humilité qui permet une telle admission est la grandeur de Moïse. Par le silence, il a réussi à faire jaillir la vérité sur cet acte d’Aaron. Ce n’est pas un hasard et notre Rosh Ha Kahal nous l’a prouvé lors de la lecture de son dernier travail, si les deux mots qui encadrent ce silence : « darosh darash ». « Darosh darash » que l’on peut interpréter par « vous chercherez toujours avec beaucoup de soin».

Ainsi par le silence, nous pouvons être dans l’état de recherche et d’écoute.

 

Recherche de quoi me direz-vous ?

De la vérité et de la compréhension. Larecherche de la vérité commence dans la force de reconnaître et de connaître nos propres faiblesses et erreurs, comme l’a fait Moïse. Nul n’a le monopole de la vérité. Noussommes ainsi invités à faire silence pour mieux comprendre l’autre, pour mieux l’écouter et ainsi ne pas laisser sortir de notre bouche des paroles vaines.


  1. Silence ou parole

 

Au travers de notre croyance, nous sommes conscients de l’énigme dela parole. Noussavons reconnaître le sous-entendu spirituel de la communication au travers dela parole. Parolequi se dit en hébreu « Amar » et commence par un Aleph.

L’animal ne parle pas, l’homme a reçu ce merveilleux don du Créateur. Je cite Genèse 2:7 déclare: "Et D.ieu forma l'homme, de la saleté de la terre, Il souffla dans ses narines une âme vivante, et l'homme devint un être vivant. Onkelos traduit « être vivant » par « être parlant ». Le trait unique de l’Homme comparé à l’animal est sa parole.

Car même si il existe un langage animal ; ce langage a des fins purement matérielles (recherche de nourriture, délimitation de territoire). En tant homme nous avons besoin d’exprimer nos sentiments, nos émotions. Parfois je le reconnais notre langage est aussi brut que celui des animaux mais nous tenons pourtant à exprimer notre âme, même de façon maladroite.

 

Cependant, il est important de revenir sur le mot « don divin ». En effet, ces deux mots pèsent sur nos épaules car qui dit don divin implique alors l’obligation d’utilisation correcte et conforme aux lois du Créateur et interdiction de s’abaisser au rang d’animal.

 

C’est pourquoi Maimonides lors de l’étude de cette midrash a distingué 5 types de discours :

 

-      Obligatoire: discours que la Torah nous demande de prononcer. Le principal exemple de cette étude est la Torah.

-      Louable : non condamné par la Torah et qui répond à un but positif. Exemple les compliments en louant les bonnes personnes et les bonnes qualités

-      Admissible : discours ayant trait avec nos activités et besoins (nourriture, vêtements…)

-      Indésirable : belles paroles telles un tel est devenu riche ainsi….

-      Interdit : celui interdit explicitement la Torah - la malédiction, faux témoignage, potins (que ce soit vrai ou faux), la langue vulgaire, etc.

Maïmonide écrit qu’il est inutile de rappeler que les deux premières catégories devraient constituer l'essentiel de notre discours.

 

  1. Conclusion

 

Ainsi je comprends mieux une des phrases de mon éducation « avant de parler tourne 7 fois la langue dans bouche ».

 

Au cours des années, j’ai longuement médité et essayé de comprendre et d’appliquer cette devise. Je me suis tue quelquefois alors que j’aurai aimé répondre mais j’ai préféré me mordre la langue que de rentrer dans des discours vains.

 

Je l’ai compris ainsi : avant de répondre du tac au tac, fais silence. Essaye de comprendre l’autre dans sa différence et sa sensibilité et non pas par rapport à ta compréhension de la chose et ton vécu.

Fais abstraction de toi dans ce silence et comprend l’autre.

Si tu comprends l’autre, tu le respectes en tant qu’Adam avec ses différences.

Laisse opérer le silence et sois à l’écoute de ce qu’il dit jusqu’à ce qu’il ait terminé.

 

Trouve ainsi la force de te taire, si tu n’as rien de beau à dire ou que tu sais pertinemment que vous entrez dans un discours de « lachon ara » au risque de passer pour un faible. Il s’agit de savoir si l’on veut continuer une conversation inutile ou d’un faux intéressement, histoire de « briller », de parler. Ou tout simplement de respecter ce don que nous avons reçu.

 

Nous devrions être conscients que chaque fois que nous nous ouvrons aux autres par la parole ainsi définie, nous devenons réceptifs à l’autre en tant qu’être humain, nous comprenons donc la vie et le monde autour de nous, un peu mieux.

 

Notre discours ne doit pas être gaspillé ou surexploité. C’est un don, qui, grâce à la bonne utilisation deviendra le joyau qui nous distinguera à part entière en tant qu'êtres humains.

 



12/12/2011
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